Mécanismes de défense

Envoyé le : 02 décembre 2010

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Le terme de défense apparaît pour la première fois en 1894 dans « Les psychonévroses de défense« , article dans lequel Freud tente une approche de l’hystérie acquise, des certaines phobies et de psychoses hallucinatoires.
Freud pose les termes de Conversion, Transposition ou Déplacement, Rejet et Refoulement.
Le terme de « mécanismes de défense » apparaît ensuite en 1915 dans « Métapsychologie« .
C’est sa fille Anna qui engagera l’étude de ces mécanismes en 1936.

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Un outillage spécialisé

Les mécanismes de défense sont créés, mis en œuvre, développés et croisés par le psychisme comme des outils.
Outils qu’il se forge, outils dont il dispose « d’origine », outils dont il perçoit l’intérêt en regard des réactions de l’environnement, outils dont il mesure l’efficacité en les expérimentant… souvent par hasard.

Comme la peur protège du danger, les mécanismes psychiques de défense épargnent au sujet des chocs passés, présents ou supposés advenir, évitent l’hémoragie  psychique, le manque de plaisir, le trop de déplaisir, masquent, allègent ou minimisent les traumatismes, permettent de conserver un semblant de tenue face aux submergements ou à la défaillance des pare-exitations.
Mais aussi, s’ils sont adaptés et suffisamment variés, ils facilitent l’adaptation aux réalités du monde du dehors.

La réussite d’une défense repose sur quatre points cardinaux :

-     L’adaptation au monde du point de vue du moi
-     Le blocage de la pulsion interdite avant qu’elle ne s’introduise dans le conscient
-     Le refoulement pour effacer la prise de conscience
-     Une belle réussite comporte en elle le danger de la restriction de la conscience de soi. Elle falsifie la la réalité. Outre la création de faux-self…, les conséquences en terme de santé physique et pour le développement sont très probables.

La liste des mécanismes de défense est impressionnante, à l’image de la créativité de l’inconscient.
Les premiers « parlêtres » les partagent paradoxalement avec les animaux qui ont certainement pu constituer des sources ou des modèles pour nos lointains aïeuls les observant.

Néanmoins, une liste non exhaustive de mécanismes de défense peut être établie.
De nombreux chercheurs en psychologie, en psychanalyse et en sciences humaines – en Europe et aux Amériques -  se sont penchés sur leur pertinence.
De Anna Freud au DSM, en passant par Palo-Alto ou par les écoles européennes de psychanalyse, une soixantaine de ces process gardent leur actualité.

La liste de Anna Freud, le glossaire du DSM II-R, les mécanismes décrits par Laplanche et Pontalis dans le Vocabulaire de la psychanalyse, par Bergeret, les listes de Vaillant et de Plutchnik, celle enfin du DSM IV-R présentent de nombreux recoupements.
Une synthèse reste néanmoins possible.

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Dans la cure analytique, ces mécanismes apparaissent progressivement et proposent un panorama du fonctionnement de l’appareil psychique.
Il ne « reste » qu’à retrouver les causes « complexement simples » qui ont présidé à leur nécessité.
C’est une étape importante du travail, ces mécanismes étant eux-mêmes protégés par des résistances imbriquées que ne renieraient pas certains grands maréchaux.

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Grands mécanismes de défense

  1. Agresssion passive : DSM IV – Réponse au conflits émotionnels par une agression indirecte non combative. Adhésion de surface masquant la résistance, l’hostilité, le ressentiment. Fréquent comme réponse à un manque de gratification ou à une non reconnaissance des désirs du sujet. Mode adaptatif pour les subordonnés sans la ressource de s’affirmer.
  2. Auto-observation : DSM IV : Traitement du conflit en plongeant dans l’analyse de ses propres pensées, motivations, codes moraux… Réponse la plupart du tant adaptée. Problème : difficile de s’en sortir tant c’est agréable (et épuisant) !
  3. Blocage : Processus proche du refoulement. Contention transitoire des affects, de la pensée ou de la pulsion par inhibition.
  4. Compensation : En substitution à des pertes réelles ou imaginaires, le mécanisme cherche à surévaluer les qualités ou les aspects positifs de la personne à son origine.
  5. Complaisance : Soumission passive en vue d’éviter le facteur de stress. Grands utilisateurs du « Oui, bon, d’accord ! ».
  6. Condensation : Processus primaire. Rêves, actes manqués, lapsus, humour… A l’intersection de plusieurs chaînes associatives, elle est laconique comme le contenu manifeste du rêve l’est en rapport avec son contenu latent.
  7. Contraphobique : Déni appliqué dans le champ de la phobie pour contrer celle-ci.
  8. Contrôle : Gestion surdimensionnée des facteurs anxiogènes dans le but de résoudre ou réduire des conflits internes. Ce proces utilise une panoplie à sa disposition : séduction, complaisance, agression, sabotage, manipulation…
  9. Contrôle par la pensée : Lutte par accoutumance à une anxiété latente. Besoin de tout savoir dans le détail pour se familiariser avec les sources potentielles du danger, de s’y préparer et de diminuer l’anxiété.
  10. Contrôle omnipotent de l’objet : défense maniaque en phase dépressive kleinnienne. L’identification de la mère comme objet total se maintient ensuite par une relation aux objets saisis dans leur totalité. Défense contre l’angoisse dépressive, la culpabilité ou le risque de perte cette défense utilise le triomphe, le contrôle, le mépris…
  11. Déni de la réalité psychique : Utilisant le contrôle omnipotent de l’objet, cette défense dénie tout ou partie du fonctionnement du psychisme, incluant les pulsions, les jeux de mots « inconscients », les objets internes…
  12. Déni psychotique – DSM IV : Altération majeure de l’appréciation de la réalité.
  13. Dépersonnalisation : Altération de l’image de soi et du mode de fonctionnement de soi. Désinvestissement du moi donnant le sentiment d’irréalité, d’appartenance à quelqu’un d’autre…
  14. Déplacement – DSM IV : Glissement de l’intérêt pour un point majeur à d’autres points mineurs par une série de chaînes associatives. Proces  très présent dans les phobies ou les névroses obsessionnelles. En glissant de sens en sens, le mécanisme évite de toucher le sens central et à se décharger économiquement par les voies les plus courtes sans ménager ses efforts. Il s’en suit un brouillage généralisé du discernement au plus simple niveau atteignant les sujets à l’intelligence la plus sophistiquée.
  15. Dépréciation – DSM IV : Comment attribuer ou s’attribuer les pires défauts et les exagérer !
  16. Désexualisation : Neutralisation de l’investissement libidinal ou agressif de l’objet.
  17. Détachement : Retrait de l’investissement libidinal ou agressif de l’objet (>isolement, clivage…).
  18. Dissociation : DSM IV : Altération des fonctions d’intégration de l’environnement interne et externe.
  19. Distorsion psychotique : Prendre de façon hallucinée ses désirs pour des réalités.
  20. Évitement : Détournement actif des pensées, objets ou situations chargées de conflit. Satellite du refoulement (Bergeret).
  21. Clowneries, moqueries : Réduction de l’anxiété en lien avec des situations… stressantes.
  22. Forclusion : Rejet massif et essentiel d’un signifiant hors de l’univers symbolique du sujet. Le plus classique est le phallus en tant qu’incarnation de l’angoisse de castration. La chose rejetée revient (forcément) par l’extérieur et est vécue sous forme hallucinée sans rapport direct avec le signifiant associé. Ce retour sans qualité symbolique, incompréhensible pour le sujet ne peut plus accéder à l’inconscient, il est « forclos » (terme juridique). Il est pourtant nettement perçu, mais comme une réalité désaffectée, étrangère au moi. A l’origine de belles psychoses !
  23. Humour : Au sens freudien : présenter une situation traumatisante de manière à en dégager les aspects plaisants, ironiques, insolites. L’auto-dérision est un mécanisme de défense.
  24. Hypocondrie : Transformation des reproches à faire à l’autre en une série de plaintes auto-administrées, accusant les propres organes du sujet par lui-même. Pas de tentative d’obtenir les bénéfices habituellement accordés aux « vrais » malades. Derrière l’incrimination de l’organe ou de la fonction, toujours un reproche masqué.
  25. Idéalisation : Auto-attribution des plus grandes qualités. Fonctionne également avec des autruis sélectionnés. A ne pas confondre avec des sujets correctement analysés, qui connaissent leurs qualités et ne les masquent pas !
  26. Limitation des fonctions du moi : Fréquentes inhibitions pour contrer le submergement de l’instinctuel par rapport au surmoi ou à l’environnement. Le dernier qui a parlé à raison…
  27. Gloutonner et s’enivrer : Tentative de maintenir le contrôle sur l’environnement. Maintien de l’image et de la présence du corporel. Incorporer et introjecter pour posséder et s’approprier les objets (bons ou mauvais) sont cachés dans le paysage.
  28. Surintensification des affects : Stratégie du poulpe utilisant les sentiments, les affects comme écran bloquant l’autre. Permet d’éviter la compréhension, l’analyse, l’explication, l’approfondissement de situations.
  29. Omnipotence : Super pouvoirs spéciaux hallucinés pour contrôler des situations qui échappent (conflits émotionnels, angoisses…).
  30. Plainte, demande et rejet de la demande : Dissimulation des reproches, de sentiments d’hostilité, d’agressivité vis à vis d’autrui. Première phase, la plainte. Suivie de la demande et du luxe suprême, le rejet de l’offre !
  31. Projection délirante : Abandon de type évitant de la vérification par le réel de conflits internes projetés à l’extérieur sous forme de réalités, faits, analyses tangibles et/ou incontestables.
  32. Pensée magique : Autre abandon de la réalité en forçant magiquement le cours des choses par une débauche d’actes, de pensées, prières, rituels… Des fois, à force de brasser tant de mousse, ça marche !
  33. Réparation : Les fantasmes destructeurs du sujet attaquent l’objet en réaction à une culpabilité intense durant la phase dépressive (voir M. Klein). Il faut le réparer par des défenses maniaques au prix élevé du déni, du contrôle, du mépris.
  34. Ritualisation : Rangement formalisé d’actes, pensées, process en vue d’éviter de penser que le refoulement (on peut en avoir une idée par « soustraction ») à permis de perdre le sens de certaines démarches. Très pratique pour ne pas perdre ses clés au risque de basculer dans la pensée magique ou le doute chronique performant (T.O.C. …) !
  35. Sexualisation : Attribuer des fonctions ou des objets d’un sens sexuel quasi-direct alors que rien ne les prédispose à cela. Maîtresse d’école, chaussure à talon, boulangère, excès de vitesse… un déplacement s’opère qui permet le repérage de la pulsion ou de la réaction interdite.
  36. Attachement à l’objet : Cramponite aigüe à l’objet pour plein de mauvaises raisons (parfois des bonnes !).
  37. Esthétisation : Déplacement sur la valeur formelle, graphique, plastique de l’objet évitant de se poser la question de la sexualité tapie derrière (courbe d’une aile de Ferrari, Koons à Versailles…).
  38. Même pas peur : Identification au Héros qui n’a pas peur et sifflote dans un souterrain glauque pour en acquérir le courage (contra-phobique, déni de la réalité, formation réactionnelle…).
  39. Somatisation : Conversion défensive des productions psychiques en productions physiques. Transposition du conflit psychique en le convertissant en symptômes corporels, sensitifs ou moteurs.
  40. Tomber malade : Évitement classique, régression, retournement de l’actif au passif, rejet des culpabilités en lien avec les pulsions libidinales vécues comme agressives.

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Défenses adaptatives

Comme Freud veillait à maintenir l’homéostasie des patients pendant les séances.
L’inconscient se charge en permanence de maintenir une homéostasie psychique permettant de « coller » au mieux aux terrains les plus divers de la réalité.
Le principal et très efficace mode d’action de « l’anesthésie des affects » vise à réduire la douleur.
Dans ce cadre, la répression ou l’anticipation sont plus efficaces que la formation réactionnelle, le déni ou l’agitation activiste.

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Défenses adaptatives matures

Sublimation :  » La sublimation est un concept qui comprend un jugement de valeur. Elle fait, elle signifie une application à un autre domaine où des réalisations socialement plus valables sont possibles. (…)Toutes les activités qui organisent ou affectent des changements sont, dans une certaine mesure, destructrices et redirigent ainsi une portion de l’instinct (« trieb ») loin de son but destructeur original. Même l’instinct sexuel, comme nous le savons, ne peut agir sans une certaine doses d’agression. Par conséquent, il y a dans la combinaison normale des deux instincts une sublimation partielle de l’instinct de destruction. » S. Freud : lettre à Marie Bonaparte – 25 mai 1937.
La sublimation dévie la pulsion.
Avec moins d’angoisse et de culpabilité, elle vise une satisfaction esthétique, intellectuelle, sociale. En introduisant une catharsis (épuration des passions par la représentation) elle ajoute un bénéfice narcissique. Souvent associée à la désexualisation de but et à la valorisation sociale du sujet via l’objet, la sublimation est une notion très « visée » par la psychanalyse.

Introjection : A la frontière entre identification et incorporation l’introjection est un mécanisme complexe qui met en scène le moi, l’environnement et des objets. Ferenczi le découvre dans sa clinique de la psychose en posant que le névrosé introjecte trop tandis que le psychotique projète trop. Les sphères orales (en tant que représentation psychique d’une motion instinctuelle orale) et anales sont investies par des fantasmes associés à ces fonctions. Freud fait évoluer le concept (1917 – 1921) en soutenant qu’un objet, à l’origine reconnu fantasmatiquement comme externe, se retrouve ensuite à l’intérieur du moi. La personnalité perçue par les autres se trouve modifiée. Abraham citera un exemple personnel lorsque ses cheveux deviennent blancs comme ceux de son père au décès de ce dernier. Klein verra l’introjection des premiers objets d’amour comme « normale » en tant que processus vertueux dans les relations humaines. Elle voit dans l’introjection des objets externes devenus internes un processus permanent et varié ayant pour but de constituer une foule « réservoir d’objets d’identification ». Pour Mélanie Klein, le mécanisme de défense utilisant l’introjection a pour but de défendre par une armée de « bons » objets contre l’agression liée à certaines expériences vécues elles aussi introjectées. Le process sert, avec les mêmes méthodes à bloquer par des bons objets l’action néfastes des mauvais objets subis. Freud y voit une tentative de lutte contre l’angoisse de la perte de l’objet externe. Le joli exemple de la faim (mauvais objet qui ronge le nourrisson) et du lait (bon objet qui le sauve en repoussant le monstre…) illustre le mécanisme. Si la perception que l’on est envahi de mauvais objet est puissante, un refus d’introjecter le bon objet peut être opposé dans le « simple » but de ne pas l’endommager et de le conserver intact. Dans la sphère orale, on repérera les socles de nombreuses anorexies.

L’introjection est donc une défense complexe, au long cours pour protéger le moi et ses bons amis. C’est une des meilleures conditions pour fabriquer des personnalités « sûres », persuadées de posséder de bons objets bien situés en lieu sûr, au chaud à l’intérieur, performants et d’où découle confiance, attention possible à l’autre et stabilité psychique.
L’introjection suit la phase de projection particulièrement active dans la position schizo-paranoïde du petit enfant.

Humour : « Économie d’une dépense de sentiments » S. Freud – Le mot d’esprit

Répression :  « Refoulement conscient » par opposition au refoulement inconscient dont le résultat est une censure.
La psychanalyse cherche à remplacer le refoulement (dont l’échec prépare l’apparition de névroses en imposant des formations de compromis lors de son retour – du refoulé – mal refoulé ou mis à jour durant la cure) par une répression normale et consciente. Exemple : Scarlett O’Hara qui dit « Oh ! j’y penserai demain !!! » effectue une belle répression des angoisses qui devraient normalement la terrasser devant l’effondrement de son monde parfait.

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A suivre…

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Mécanismes  « névrotiques »
Refoulement
Formation de symptômes
Isolation
Déplacement
Identification
Identification à l’agresseur
Annulation rétroactive
Condensation
Retournement sur la personne propre
Renversement en son contraire
Contre-investissement
Dénégation
Formation réactionnelle
Formation substitutive
Formation de compromis
Régression
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Mécanismes « psychotiques »
Projection
Clivage du moi
Clivage de l’objet
Dédoublement des images
Déni
Identification projective
Fantaisie

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Michel Guillemin – Psychanalyste , membre du réseau Psychanalyse-en-acte, soutient que la psychanalyse est vivante et applicable au quotidien, vivable et déclinable comme outil efficace dans de nombreuses péripéties de la "Vraie Vie".

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